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« L’ange entra et lui dit : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » » (Luc 2, 28)

Un 8 décembre à Lyon, sur la colline de la Croix Rousse, c’est la fête de l’Immaculée Conception. Nous frappons, deux petites sœurs, à une porte, au dernier étage d’un immeuble. Une voix crie : « Entrez ! » Nous poussons la porte et entrons. Une silhouette petite et fragile, surmontée d’une chevelure grise, nous regarde étonnée. C’est une vieille dame. Ses yeux pétillent sous ses cheveux gris. « Tiens, puisque vous êtes là, vous allez m’aider, lance la vieille dame, je n’arrive pas à écouter les messages de mon portable. » Nous nous exécutons aussitôt et lui donnons quelques bons tuyaux pour une meilleure utilisation.

Au bout d’un petit moment, relevant son regard sur nous, la vieille dame demande : « Mais au fait qu’est-ce qui vous amène ? » – « Eh bien, nous cherchons quelque chose à manger pour notre repas. » – « Je n’ai pas grand-chose, des œufs et du pain, ça vous va ? En revanche, comme vous le voyez, je suis très handicapée, ça ne vous embête pas de vous faire cuire les œufs vous-mêmes ? » C’est ainsi qu’en fouillant la petite cuisine à la recherche d’une poêle, nous faisons connaissance avec Martine.

Et nous voici maintenant toutes les trois attablées autour d’un bon thé chaud. Martine nous observe en silence d’un air pensif. Soudain, elle s’écrie : « Si le bon Dieu me voyait, il me dirait : « Eh bien, tu as bien changé, Martine ! »

Vous savez, moi le bon Dieu, ça fait longtemps que je l’ai abandonné. Pourtant ma mère était très croyante. On vivait en Algérie et je faisais partie des enfants de Marie, on faisait des processions. J’avais les lèvres toujours gercées et elles se fissuraient. Les médecins m’appliquaient des pommades mais sans succès.

Un jour, ma mère m’a emmenée à Lourdes, elle m’a plongée dans la piscine… Je ne le raconte pas à tout le monde car on ne me croit pas, mais à vous je peux le dire : quand je suis sortie de la piscine, j’étais guérie. Je touchais mes lèvres et je n’avais plus mal. Ma mère aimait tant la Vierge de Lourdes. J’ai encore une statue mais elle est cassée en deux, au fond d’un tiroir. Tiens, vous voulez bien aller me la chercher ? Vous allez dans ma chambre ; à gauche du lit il y a un meuble et dans le deuxième tiroir, il y a toutes sortes d’objets pieux. »

Guidée par la voix de Martine, la petite sœur trouve et revient avec le trésor : « Si vous voulez, propose-t-elle, on peut vous la recoller et on vous la ramène. » – « Oh, vous feriez ça ? » « Bien sûr. » Nous sommes toujours assises autour de la table et prions avec l’évangile de l’Annonciation.

Et Martine répète avec nous : « L’ange entra et lui dit : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » » (Luc 2, 28) À ces mots, notre hôte s’émeut et pleure doucement : « Vous aussi comme l’ange, vous êtes entrées et vous m’amenez la joie. » Alors, levant sa tasse de thé, la vieille dame aux yeux pétillants lance d’une voix forte : « En l’honneur de la Vierge Marie qui nous a rassemblées aujourd’hui ! Ah, mes sœurs, je ne risque pas de vous oublier ! »

Un 25 décembre toujours à Lyon, sur la colline de la Croix Rousse, c’est la fête de Noël. Nous frappons à une porte au dernier étage d’un certain immeuble. Nous faisons une visite surprise à Martine.

« Bonjour Martine, joyeux Noël ! » – « Oh mes sœurs, je n’ai pas eu la force de faire la crèche cette année, regardez, j’ai sorti le sac avec la crèche, il est là sur la chaise… » – « Vous voulez qu’on vous aide à arranger la crèche ? » – « Oui ! »

Et nous nous retrouvons en train d’installer la crèche dans cet humble appartement où le petit Roi se réjouit de venir. « Et l’âne, on le met là ? » Martine nous regarde émerveillée avec ses yeux pétillants, elle est dans son bonheur de voir les santons trouver leur place légendaire.

La dernière guirlande posée, nous sortons une flûte et commençons à chanter : « Il est né le divin Enfant… » « Attendez, allez chercher dans ma chambre mon harmonica ! » Guidée par la voix de Martine, la petite sœur s’élance. « Dans le tiroir de la table de nuit, vous le voyez ? » Les bergers sont maintenant au complet avec leur instrument et chantent dans cette humble étable la gloire de Dieu : « Glo-o-o-ria ! » La musique se mêle aux voix, aux larmes et aux rires pour fêter du fond de nos cœurs pauvres un Dieu qui s’abaisse et vient demeurer parmi nous. Oui, chez toi Martine !

En repartant, nous disons à notre amie dont les yeux ne pétillent plus mais étincellent : « Merci Martine de toujours nous accueillir, alors que nous sonnons à l’improviste. » – « Ah, vous les sœurs, ce n’est pas comme les autres ! Vous, quand vous venez, fait-elle d’une voix profonde, c’est la Mère et son Fils. »

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